Financer son séjour en maison de retraite : une mission bientôt impossible ?

Une personne âgée très dépendante doit verser en moyenne 2000 euros par mois pour vivre en maison de retraite. Un montant astronomique à l’heure où la pension de retraite s’amincit. Souvent, les économies ne suffisent pas et les enfants et petits-enfants sont appelés à participer financièrement. Certaines familles y laissent un tiers de leur revenu ; un gouffre financier qu’on est pourtant bien obligé d’assurer.

Les petits-enfants également appelés à contribuer

En octobre 2018, la Mutualité française a réalisé une étude pour connaître le coût de l’hébergement en maison de retraite. Les résultats sont quelque peu affolants. Une place en maison de retraite médicalisée coûte en moyenne 2000 euros par mois aux personnes les plus dépendantes. Pourtant, les retraités gagnent en moyenne 1500 euros de pension de retraite. Comment payer le reste à charge ?

C’est là que les « obligés alimentaires » entrent en jeu. Les obligés alimentaires, ce sont évidemment les conjoints (si possible) et les enfants, mais aussi les petits-enfants. En effet, selon leurs ressources, les petits-enfants peuvent eux aussi être amenés à contribuer au financement. Si cette règle dépend en réalité des départements, peu de personnes la connaissent.

Si les revenus de la famille ne sont pas suffisants, celle-ci peut demander une aide sociale à l’hébergement (ASH). Seulement, le conseil départemental mène tout d’abord une enquête pour s’assurer que personne ne peut subvenir aux besoins financiers. C’est souvent à ce moment que les petits-enfants sont appelés à contribuer.

Un dispositif qui crée des tensions familiales

Si l’aide sociale à l’hébergement est là pour aider les familles, peu de personnes y ont recours. Pourquoi ? Parce qu’elles ont peur d’être davantage sollicitées. En EHPAD, seuls 20% des pensionnaires bénéficient de l’ASH. En parallèle, 75% d’entre eux ne disposent pas d’assez de ressources pour payer leur hébergement.

Pour les seniors, c’est une situation compliquée à gérer et à assumer. En effet, ils ont l’impression de devenir un poids pour leur famille. Souvent l’entrée en résidence de retraite d’une personne âgée dépendante est source de conflit au sein d’une famille. Pour le senior, c’est un véritable choc émotionnel, qui peut aggraver son état de santé.

Une autre situation pose également problème. Il arrive parfois qu’une personne ne s’entende pas du tout avec un de ses parents et a coupé les ponts depuis longtemps. Seulement, le conseil départemental n’a que faire des querelles familiales. Malgré les tensions, l’enfant est appelé à payer pour ses parents ou ses grands-parents. S’il refuse, il est amené en justice.

Une ASH bientôt réformée ?

Face à tous ces problèmes, le gouvernement a songé à une réforme de l’aide sociale à l’hébergement. Dans le cadre de la loi sur la dépendance, l’ASH devrait harmoniser au niveau national l’arrêt de la sollicitation des petits-enfants. La transformation de l’avantage fiscal accordé aux proches en crédit d’impôt a également été abordé début 2019.

Les experts qui planchent sur cette question ont également pensé créer un « bouclier dépendance ». Grâce à ce système, la solidarité nationale prendrait le relais des familles à partir d’un certain nombre d’années dans l’établissement. Ainsi, une personne âgée en maison de retraite à Marseille depuis plus de dix ans pourrait compter sur l’aide de l’État, et non plus sur celle de ses enfants. Rien n’a encore été validé à cette heure.

Financer son séjour en maison de retraite est presque devenu mission impossible. Si les maisons de retraites tentent de diversifier leurs prestations pour une meilleure qualité d’accueil, les familles soulèvent tout de même le problème du prix. Un prix qui sème bien souvent la discorde entre les enfants et les petits-enfants du résident…